La prison ne sert à rien.
Abolissons-là !
[THREAD]
Si vous êtes réac’, continuez votre chemin, ce que vous allez lire, peut vous faire mal aux yeux.
Oui la prison ne sert à rien.
Inutile de commencer par me dire : on en fait quoi des violeurs, des meurtriers ? C’est bien que vous n’aurez rien compris au système que propose l’Etat voire les États.
L’idée que la prison nous protège est une chimère bien moderne.
Les personnes en prison sont privées de beaucoup de liberté et pas seulement la simple liberté physique d’aller et venir…
Abolir la prison, c’est sortir d’une logique punitive et laisser de l’espace pour écouter les victimes, les personnes qui ont « commis des actes » et l’entourage.
C’est considérer les racines des problèmes et essayer de les résoudre collectivement.
La privation de liberté, le contrôle autoritaire permanent des matons et des directions, le délaissement, les traitements dégradants, le coût de la vie, l’impact sur les familles, la vie sociale ruinée ne sont pas des conditions de faveur.
La réinsertion ne s’opère pas.
– LE CONTEXTE –
Au 1er septembre 2022, il y avait 71669 détenu(e)s dans les prisons française.
C’est 2221 détenu(e)s de plus qu’en janvier 2022.
La France est le 5e pays qui incarcère le plus que les 46 pays du Conseil de l’Europe.
C’est aussi le 3e pays avec le taux de surpopulation carcérale la plus forte (118%) derrière la Macédoine du Nord (122,3%) et la Roumanie (120,5%).
Au 01/09/22, 18986 personnes sont en détention provisoire soit 26,5%. Presque 3 détenu(e)s sur 10. Ce qui est bien au-dessus de la médiane européenne de 22,4 %.
Il y a dix ans, ce chiffre était de 16226.

Il n’existe aucune étude qui démontre que les personnes en préventives seraient plus dangereuse qu’une autre.
La France c’est aussi le 1er pays où l’on se suicide le plus en prison sur les 46 pays du CE. (Source rapport SPACE)
Ces entrées en prison ne reflètent pas seulement les décisions des juges. Elles sont la conséquence de l’état de la législation (+ de 100 nouveaux délits en 5 ans) et des pratiques de long terme de l’institution judiciaire (par exemple le rôle accru du parquet).
Déconstruire nos pensées concernant la prison permet aussi de se poser des questions pertinentes. Pourquoi, si les grands criminels dangereux sont une minorité en prison et que la prison ne règle pas leur dangerosité, les discours politique y font référence sans cesse ?
Sans doute, parce que la prison sert l’Etat.
On peut se poser légitimement la question de savoir pourquoi la prison existe ?
Pourquoi vit-on avec une institution violente, qui punit aveuglément au lieu de responsabiliser collectivement et qui n’apporte même pas la sécurité ?
En prison on retrouve les personnes les plus opprimées et exploitées : derrière les barreaux ce sont souvent des personnes pauvres, racisées, peu qualifiées.
Cela ne veut pas dire que ces personnes là sont naturellement des «criminels» mais plutôt qu’elles sont davantage ciblées
par la police, puis par la Justice.
En effet la répression ne s’opère pas de la même manière partout, ni pour tout le monde.
On voit qu’il y a une présence policière beaucoup plus grande dans les quartiers populaires, que les personnes racisées sont souvent
ciblées par la police (par des contrôles d’identité arbitraires et répétés, des délits de faciès) que les délits liés à la pauvreté sont plus sévèrement punis par la loi et beaucoup plus visibilisés.
Du coup, la présence et le harcèlement de la police fait que les personnes issues des quartiers populaires se retrouvent plus facilement dans les rouages de la Justice. Puisqu’elles sont plus surveillées, leurs délits sont plus souvent captés.
Par exemple, on sait que l’on prend de la drogue dans tout les mileux, mais chez les riches, on aura moins de chance de se faire embarquer pour quelques grammes, que dans les quartiers populaires.
En plus, la difficulté de s’en sortir materiellement
(qui peut pousser à des pratiques illégales) et le « travail » de la police fait que des infractions sont vite arrivées : un controle d’identité arbitraire, des insultes qui partent, une réponse… et on se retrouve condamner pour « rébellion, outrage».
Devant les juges, ils prennent en compte le statut, la carrière et la répétition de passage devant des juridictions des personnes présentées.
Ce sont de ces manières-là que la police et la Justice fonctionnent : elles ciblent des catégories de personnes et elles s’appliquent
selon des discriminations de race et de classes. Du coup, ce sont ces mêmes personnes, harcelées par les policiers et par les juges, qui se retrouvent dans les cellules.
Et quand on observe, en plus de cela, que la majorité des personnes en prison sont enfermées pour « vol »
ou pour des affaires liées au commerce de stupéfiants, on se rend compte qu’il doit bien y avoir un lien entre l’enfermement et le système capitaliste et raciste dans lequel on vit. Cela ne veut pas d’office dire que les dirigeants ont inventé la prison avec cette idée en tête,
et cela ne veut surtout pas dire qu’ils y a un «groupe obscur» qui manigance tout ça. Mais il est certain que, si ce système dysfonctionnel se perpétue, c’est parce que certaines personnes trouvent leur compte dans cette politique de l’enfermement.
La prison réprime les petites et les grandes révoltes (de l’émeute au vol à l’étalage), en punissant et en faisant peur à celles et ceux qui n’acceptent pas leur condition socio-économique.
Elle essaie de rendre les gens disciplinés et dociles, en «redres- sant» et en «normalisant».
Elle enfonce les personnes touchées dans la misère, en privant indirectement les (ex-)détenu(e)s d’un salaire digne (puisque l’étiquette «anciens détenu(e)s».
Il faut également rappeler qu’un passage en prison brise de nombreuses relations amoureuses, anéantit beaucoup de perspectives d’avenir professionnel et colle à la personne une étiquette (les médias y participant fortement) de «criminels» qui amène souvent à l’exclusion.
Il semble que ce qu’on veut avant tout c’est trouver un coupable pour l’accuser du mal. En désignant « un » coupable, on remet la responsabilité de l’acte commis sur une seule personne :
on individualise la responsabilité au lieu de l’entendre de manière collective, ce qui est évidement plus confortable pour l’institution judiciaire.
Finalement, cette punition légale ne fait qu’alimenter un cercle vicieux au nom d’une soi-disant justice protégée par le droit.
Se venger est un choix, guérir les blessures en est un autre.
Le budget de l’administration pénitentiaire est en 2022 de 3,5 milliard soit la moitié du budget du ministère de la justice.
Le budget pour la sécurisation des bâtiments augmente de 120% alors que le budget dévolu à la prévention de la récidive et à la réinsertion (91 millions d’euros) reste rudimentaire face à la pénurie d’activités proposées en détention.
Le gouvernement prévoit même que la part des personnes exécutant des peines de prison de moins de six mois s’élèvera à 21% des détenus condamnés.
En ne prévoyant aucune diminution du taux d’occupation des établissements pénitentiaires en 2022 – à savoir 129% en maison d’arrêt et 94% en centre de détention –, le gouvernement anticipe l’échec de ses réformes…
https://www.budget.gouv.fr/documentation/file-download/13576
On l’entend très souvent, la prison est souvent justifiée par la question de sécurité et le constat de l’existence de personnes très dangereuses : les pédocriminels, les violeurs, les tueurs en série.
Sur l’ensemble des jugements du pénal en 2019 sur 812249 condamnations, 1693 concernaient des crimes soit moins de 1% des personnes jugées. Les peines étant plus longue en matière criminelle, environ 15% des détenu(e)s effectuent une peine de cette nature.
C’est donc une minorité dans nos prisons.
Ces personnes sont des exceptions et pourtant super présentes dans les discours politiques ou dans les médias pour justifier le maintient et le durcissement des prisons.
Ou alors on vous dira que pour pallier aux « mauvaises conditions de détention » la création de place de prison qui seront tout aussi peuplée et inhumaine (matelas au sol, plus de caméra, de grille, moins d’interactions humaines).
Le système carcéral est donc continuellement justifié par ces exemples de «grands criminels», pourtant ces actes extrêmes ne sont pas en baisse parralèlement à une croissance d’incarcération.Le système carcéral n’est pas efficace et empêche justement de l’être dans nos réactions.
En effet, en enfermant les gens, la prison bien souvent occulte simplement le fonctionnement qui a mené à l’acte : qu’il soit psychologique ou sociétal. Abattre les murs des taules, c’est permettre d’ouvrir les yeux, de réagir réellement.
Abolir les prisons, c’est aussi abolir le système qui les maintient, ce qui souvent peut neutraliser les «grands criminels dangereux» et permet davantage de traiter des situations dangereuses vécues par la population.
Penser que la prison est nécessaire pour combattre le viol, cela revient à limiter la responsabilité à l’échelle individuelle. Cela ne tient pas compte de la culture du viol dont est empreinte notre société : patriarcat, sur-sexualisation et exploitation du corps des femmes.
Rappelons que les viols ne sont pas des exceptions et sont souvent commis par l’entourage. En fait, nier cette réalité sociétale et cette culture du viol fait que les viols sont rarement reconnus comme agressions sexuelles,
car on reste dans un mythe du « viol à 4h du matin dans un parc par un inconnu ».
Si on regarde cette réalité en face, maintenir le système carcéral dans l’objectif de réprimer les agressions sexuelles aboutira à l’enfermement d’une majorité de notre entourage.
C’est dur, mais c’est comme ça.
Au contraire, se rendre compte de cette réalité montre que si l’on veut résoudre ces problématiques d’oppressions et d’agressions sexuelles,
il faut à la fois s’attaquer à la source, dans la culture, dans le système permissif, dans notre entourage et en même temps lutter contre le système carcéral qui nous en empêche.
Abolir la prison, c’est ouvrir les yeux, permettre de s’attaquer aux origines systémiques des maux.
C’est abolir ce système de domination et le patriarcat qui va avec.
Sur les comportements psychopathiques, c’est-à-dire les passages à l’acte de décompensations anéantissant l’autre, notons que la simple répression d’un acte ne fait qu’amplifier le fonctionnement
qui a mené à cet acte. Incarcérer quelqu’un empêche que l’acte atteigne un autre, mais ne fera qu’amplifier le fonctionnement derrière le passage à l’acte.
Par exemple, si quelqu’un est dans une dynamique permanente de rapport de force,
qu’il se fait respecter par la violence et la peur le mettre en prison l’empêchera peut-être de nuire, mais en aucun cas ne diminuera la violence de son fonctionnement, au contraire.
Or la personne est amenée (légalement et humainement) à retourner vivre un jour en collectivité
L’abolition de la prison ne signifie pas la disparition de toutes les réactions sociales face à ces comportements dangereux. Les réactions ont toujours existé, elles existent toujours en parallèle du système pénal, et rassurons-nous qu’elles existeront toujours.
L’abolition permettra simplement de penser réellement ces réactions et de les développer.
La prison ne « sert » donc pas à rien : répression, paupérisation… Autant de fonctions qui permettent à notre système capitaliste, raciste et patriarcal, de continuer à marcher et qui permettent aux personnes qui occupent les postes de pouvoirs, d’y rester.
Cc @NicolasSarkozy
⁃ LES SOLUTIONS –
La prison est inhumaine, c’est une violence. Une institution qui punit en enfermant ne pourra jamais être « bonne ».
La prison sert aux classes dominantes et c’est ces mêmes classes dominantes qui maintient le système qui leur sert.
Il ne faut pas être opposé à l’idée d’un écartement d’une personne dans certains cas où cela se justifie réellement – à condition que cette mesure poursuive 2 buts précis :
d’abord, protéger la victime (et éviter qu’elle doive s’exclure elle-même pour éviter de côtoyer son agresseur, par exemple) et, ensuite, pour réactiver des limites qui ont été dépassées.
Cet écartement devra se faire en donnant à la personne écartée les moyens de réparer les conséquences de ses actes, et de revenir ensuite dans la communauté. En réalité, le problème actuel est qu’on exclut une personne dans sa totalité, sur la base d’un seul acte sanctionné.
On ne lui donne pas la possibilité de se racheter, de réparer son acte et de se réintégrer ensuite.
En résumé, ce qui est souhaitable, c’est une justice réparatrice et transformatrice, orientée vers une véritable réinsertion plutôt que vers l’enfermement.
Dans cette logique, on appréhenderait les « crimes » dans la mesure où ils portent atteinte à une personne, plutôt qu’à l’Etat ou à « l’ordre public ».
La victime, ainsi que ses besoins, auraient donc une place bien plus importante que dans le système pénal actuel.
Elle aurait l’occasion de s’exprimer, de recevoir les réponses aux questions qui la hantent, et de participer à la responsabilisation de l’auteur.
Dans cette optique, on appréhenderait un acte ayant causé du mal aussi comme un échec de la collectivité, puisque celle-ci n’aurait pas réussi à éviter que cet acte ne survienne.
En fait, l’alternative radicale, c’est de reconstruire une société qui n’aurait pas besoin de prison. Pour ça, il faudrait surtout que le pouvoir et les richesses soient distribuées de façon plus équitable et plus transparente, et que tous puissent vivre dignement.
L’alternative, c’est aussi de reconstruire un sens profond de la communauté, pour être capables de soutenir, de réintégrer et de réhabiliter celles et ceux qui se sentent abandonnés par la société d’aujourd’hui.
Cette alternative ne prendra sans doute pas la forme d’une solution unique : en fait, il faut l’imaginer plutôt comme un faisceau de dispositifs, qui mettront l’attention sur l’abolition de ces structures de domination qui existent actuellement –
notamment le racisme, les préjugés de classes sociales, l’homophobie, etc. Ces dominations qui, aujourd’hui, font fonctionner la Justice, seront plutôt combattues dans un système réellement juste.
Il est donc important de dire que, contrairement à ce que le pouvoir nous dit quotidiennement, ce n’est pas le manque d’alternatives qui explique le maintien du système actuel.
C’est l’inverse.
D’ailleurs, d’autres logiques existent déjà aujourd’hui:
Par exemple, les mécanismes de justice restaurative, qui permettent à la victime et à l’auteur de l’infraction, ainsi qu’à leur entourage, de participer activement à la résolution des problèmes causés par cette infraction.
Les objectifs de ce système sont la réparation, la responsabilisation et la participation.
En France, deux premières sessions de justice restaurative ont été organisées à titre expérimental entre mars et juillet 2010 et en février 2014, ces rencontres détenus-victimes
ont regroupé chacune trois victimes et trois détenus condamnés à de longues peines, ne se connaissant nullement, mais réunis en tenant compte de la similitude des actes commis par les uns et ceux subis par les autres.
En 2021, @IFJR_officiel a mis en place 54 programmes de justice restaurative en France.
– Un deuxième exemple, ce sont les mécanismes de justice transitionnelle mis en place dans certains pays après des conflits armés.
On a créé des « commissions vérité », dont le but était d’établir les faits qui s’étaient déroulés pendant le conflit, plutôt que de condamner les coupables.
Cela permet de rendre la parole aux victimes, de leur donner un lieu où elles peuvent s’exprimer,
où leur souffrance est reconnue publiquement.
Il s’agit de deux logiques parmi d’autres, mais elles montrent qu’il est possible de mettre en place d’autres fonctionnements.
– Dépénaliser la consommation de toutes drogues et dépénaliser la production et la vente de canabis.
– Limiter drastiquement la détention provisoire est revenir à un régime, comme la loi le précise, « exceptionnel ».
– L’incarceration pour des délits routiers sont très représentés en prison et très souvent sans victimes. Il y a là, à mon sens, un grand ménage à faire.
Lutter contre la prison implique de regarder en face ce que son existence implique, ainsi que sa suppression, et d’en considérer les enjeux.
Source de mes réflexions :
@IFJR_officiel
@PrisonInsiderFr
https://t.co/JYIOiXUASU
https://t.co/YC8Z62Eqo2
http://www.laclac.org
http://www.coe.int/fr/web/prison/space
http://www.federationsolidarite.org/actualites/cp-budget-penitentiaire-2022-la-prison-reste-le-seul-horizon/